C’était avant l’été, on s’était rendus pour la première fois à la préparation des colis pour la maraude du mardi soir du collectif Solidarité Migrants Wilson.

C’est Patrick, mon contact du collectif qui m’avait dit « Je ne serai pas là mais tu es la bienvenue ! ».

Nous voici donc au 131 avenue du président Wilson à Saint-Denis, qui n’est pas à proprement parler une adresse non, juste un point de rendez-vous, le parking en face de l’église. Un petit attroupement est déjà là qui s’active, autour des tables pliantes et des denrées que les gens du collectif sont en train de trier.

On va à l’essentiel, ici il y a une évidence de la tâche à accomplir, une synergie qui se passe de mots, une ferveur muette qui porte le groupe.

Trois migrants s’approchent, les colis ne sont pas prêts, on leur demande d’attendre une petite demi-heure. Un jeune homme m’interpelle pour me demander s’il peut avoir quelque chose à manger : « Eh sista ! ». Ce que je vois dans son regard est abyssal, comme si c’était l’univers qui s’adressait à moi. Il s’en va pour revenir plus tard et en partant il met sa main sur son cœur et son pas est vénérable comme celui d’un vieillard.

Ce soir-là est spécial : c’est l’Aïd, il y a beaucoup d’amour à donner et beaucoup de monde pour préparer les colis alors nous discutons avec Jean-Jacques.

Il nous raconte les distributions de petits-déjeuners porte de la Chapelle, les démantèlements et les errances, les incohérences et les absurdités, le nouveau centre d’accueil de jour et sa capacité limitée, la navigation à vue et les gens dans tout ça, qui sont là. Il me parle du fonctionnement du collectif, de ce fonctionnement horizontal où l’engagement est affaire de volonté de chacun selon ce qu’il est en mesure de donner, ce fonctionnement qui perdure depuis trois ans, sans chef, sans structure associative, avec efficacité. Pas une fois il ne sera question de lassitude, de découragement.

La maraude va commencer, un cercle se forme pour une petite mise au point, les visages sont attentifs. Ce soir est un soir spécial, c’est l’Aïd el Fitr, la rupture du jeûne, la fin du ramadan, et grâce à Solidarité Migrants Wilson, des centaines de personnes auront, à défaut d’une belle fête, une petite lueur d’humanité dans l’enfer de leur quotidien.

Un autre jour, un jour de juillet…

Un hommage rendu, toujours par ce magnifique collectif et tous ceux qui se sentaient concernés, square Charles Hermite, Paris 18, à cet homme qui s’y était pendu une semaine plus tôt. 

Vous n’étiez pas au courant ? C’est normal, personne n’était au courant. Cet homme (nous l’appellerons l’Homme puisque nul ne connaît son nom), qui était-il, qui était l’Homme ? Car finalement, si personne ne sait qui il était ni qu’il s’était pendu, cela a-t-il réellement eu lieu ? Et au fait, de quoi parle-t-on ? A-t-on ouvert la bouche, a-t-on pipé mot ?

Pipé, oui, comme les dés du sort de l’Homme…

Alors que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vivent dans la ville lumière parmi les ordures, les maladies et les rats, entre quelles mains le sort de toutes ces âmes ? A qui appartient-il d’accueillir ? Il y a la loi, il y a les mots, et puis il y a les faits, incontestables. Ici, maintenant et depuis trop longtemps, si longtemps que le point de rupture est dépassé chaque jour.

Qui pour relever le défi ?

robinson gillycorre

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